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Par Paul Hiebert (Anthropological reflections on missiological issues, 1994, Baker Books, Grand Rapids, pages 173 à 175), première ébauche de traduction de Paul Solomiac.

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un bayan d'Inde

"Rien ne pousse sous un banyan [1] ". Ce proverbe de l'Inde du sud parle des différents styles de leadership. Le banyan est un arbre immense. Il étale ses branches très loin ; il a des racines aériennes ; il peut développer un tronc secondaire ; il y en a partout en Inde. Un banyan adulte peut couvrir une surface d'un demi-hectare. Les oiseaux, les animaux, les humains y trouvent abri sous son ombre. Mais rien ne pousse sous son feuillage dense, et quand il meure, le sol reste desséché et stérile.

Le bananier est tout l'opposé. Six mois après être sorti de terre, des petites pousses commencent à sortir tout autour de lui. À douze mois, un second cycle de pousses commence de nouveau à sortir de terre à côté des premières qui ont maintenant six mois. À dix huit mois, le tronc principal commence à donner des bananes qui peuvent nourrir des oiseaux, des animaux et des gens, et puis il meure. Mais les premières pousses secondaires sont assez grandes et dans six mois, elles pourront porter du fruit puis mourir à leur tour. Et le cycle continue sans interruption, de nouvelles pousses apparaissent tous les six mois, grandissent, donnent naissance à de nouvelles pousses, portent du fruit et meurent.

Former des disciples

Beaucoup de dirigeants sont comme des banyans. Ils ont un ministère formidable, spectaculaire, mais le jour où ils s'en vont, il n'y a plus de dirigeants pour prendre leur suite parce qu'ils ont formé des disciples, des suiveurs et non des dirigeants.

Il est gratifiant de former des disciples. Ils constituent une audience admirative qui nous fait nous sentir importants. Ils imitent nos manies, ils ne remettent pas en question notre pensée et ne cherchent pas à aller plus loin que ce que nous enseignons.

Il est facile de former des disciples. Nous décidons ce qu'ils doivent savoir et comment ils devraient l'apprendre. Nous les encourageons à poser des questions et nous leur donnons les réponses. Nous leur enseignons à suivre nos directives et à deviner nos intentions.

À former des disciples, on peut avoir un succès rapide. Il est facile d'en mobiliser plusieurs pour exécuter nos programmes. C'est une approche efficace. Il prend plus de temps de former des dirigeants et de leur permettre d'apprendre en faisant des erreurs. Mais le succès du développement des disciples est de courte durée. Dès que nous partons, nous laissons des moutons et aucun berger.

Comme mari, épouse et comme parents, il est facile de traiter son conjoint ou ses enfants comme des disciples, comme des suiveurs, c'est à dire de leur demander d'obéir et de penser, se comporter comme nous. Comme pasteur, il est plus facile de former nos paroissiens à être des suiveurs, c'est à dire à les rendre dépendants de notre savoir faire de pro pour s'occuper des ministères dans l'Église. Comme missionnaires, il est facile de traiter les nouveaux convertis comme des disciples, des suiveurs. Pas la peine de leur confier une quelconque autorité tant que nous sommes dans les parages. De cette manière, nous pouvons être sûrs qu'ils font le travail comme nous le voulons. Un tel style de leadership crée des personnes dépendantes et tue le potentiel dirigeant qui peut exister. De tels époux, enfants, paroissiens ou convertis ne grandissent jamais, à moins qu'ils ne se rebellent contre nous.

Former des dirigeants

Former des dirigeants est moins gratifiant pour notre égo. Il faut enseigner à penser et à décider par soi-même, à remettre en question nos croyances et à discuter nos décisions. Quand ils prendront la relève, ils nous dépasseront et s'attribueront le mérite de leur propre croissance et de leurs réussites.

Former des dirigeants est plus difficile. Nous devons apprécier leur avis et encourager toute critique de tout ce que nous disons. Nous devons les noter en fonction non de combien ils sont d'accord avec nous, mais plutôt de combien ils peuvent penser. Nous ne leur demandons pas d'aller au devant de nos vœux, nous évitons de les rabaisser, même si leurs opinions sont au départ naïves ou simplistes. Nous devons nous concentrer sur les problèmes qu'ils doivent résoudre plutôt que sur des procédures toutes faites.

Former des dirigeants est moins efficace à première vue parce que ça prend du temps et des efforts qui pourraient être utilisés à des travaux plus immédiats. Il faut négocier les décisions, constamment changer les plans, revoir les emplois du temps et les objectifs. Mais c'est plus efficace à long terme parce que nous sommes récompensés lorsque nous sommes entourés de jeunes dirigeants qui découvrent leurs propres capacités, assurent de nouvelles responsabilités et qui n'attendent que le moment d'aller plus loin que là où nous sommes parvenus.

Les époux qui encouragent leur femme ou leur mari à être dirigeant développent un style familial de soumission mutuelle. Les parents qui forment leurs enfants à devenir des dirigeants commencent tôt à leur apprendre à penser de façon indépendante ; ils traitent leurs ados comme des jeunes adultes. Les pasteurs qui enseignent leurs membres d'Église à prendre des responsabilités encouragent les études Bibliques et les initiatives laïques dans des ministères de l'Église. Les missionnaires qui forment des nationaux comme dirigeants leur confient tôt des responsabilités et soutiennent leurs décisions. Tous doivent permettre à ces dirigeants en herbe le plus grand privilège qu'ils se permettent à eux-mêmes, le droit de faire des erreurs.

Former des dirigeants qui forment des dirigeants

Ceci dit, former des dirigeants n'est même pas suffisant. Trop souvent, nous formons des dirigeants qui à leur tour qui ne forment que des disciples, des suiveurs. Nous leur apprenons à penser des idées plutôt qu'à former des hommes et des femmes.

Le plus dur de tout consiste à former des jeunes dirigeants qui vont à leur tour se saisir de la vision de former des dirigeants et qui vont la passer à d'autres. Pourtant, c'est ce qui est essentiel dans le succès de l'entreprise de la famille, de l'Église ou de la mission.

Paul écrit : "Et ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des gens dignes de confiance qui seront capables, à leur tour, de l'enseigner à d'autres." 2 Timothée 2:2



[1] N d T : Espèce de Moracées (Ficus bengalensis) du Sud-Est asiatique, arbre de grande taille, dont le tronc et les branches émettent des racines adventives verticales qui forment des sortes de piliers. Un seul banian peut ainsi avoir une circonférence de plus de 600 m (Hachette)